Ce que les lacs du Québec m’ont appris

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                                                        lac juillet 2020

Voilà plus de vingt ans que la fille du Sud, Sud de la France, que je suis s’est établie au Québec. L’idée était au départ de passer une année et de voir venir. Après trois ans, nous avons évoqué la Californie comme étape suivante pour la proximité de la mer et du soleil. Parce que oui, au Québec l’hiver peut être long, très long même et surtout la mer est bien trop loin pour être fréquentée assidûment comme j’ai toujours aimé.

Oui, je suis une fille du Sud qui aime la mer, les mers. Les océans, la Méditerranée, la Mer noire, toutes. Je me suis même baignée en mer du Nord en mars au temps de ma folle jeunesse quand je vivais aux Pays-Bas. C’est vous dire. Toute jeune maman, les plus belles promenades furent au bord de la Méditerranée en hiver, offrant à ce bébé tout neuf les embruns maritimes comme un cadeau inestimable! J’ai toujours apprécié ce qui était intense même au travail. Il me fallait valeurs, passion et puissance. La réserve n’était pas trop mon fort. Je préférais de loin l’amplitude des grandes marées.

Alors quand j’ai commencé à réaliser que nous resterions au Québec (la Californie ne m’offrait que peu de chances de vivre la prime enfance de mes enfants en étant très présente), ce deuil de projet de vivre à la mer a remis les choses en perspective. Le goût de la proximité maritime restera à jamais dans ma vie. Mais il y avait plus important, je faisais le choix d’aller vers autre chose.

Et puis, mon amie Beverley m’a ouvert la porte d’une vie que je ne connaissais pas. La vie de chalet. Notre première invitation en famille au chalet fut une expérience féerique. La nature, la forêt, le silence, les odeurs, le ciel étoilé… et le lac. Nous avons au cours des années pratiqué le lac en ski de fond de nuit pour arriver au chalet de Beverley et Ian, l’été en chaloupe pour rejoindre leur coin de paradis. On s’y baignait aussi, on y lisait sur le ponton l’été. Le calme et les grands espaces. Bref, un monde en soi. Pour la fille de mer, le lac était une découverte merveilleuse mais j’étais toujours un peu sur ma réserve. Ce monde tout neuf pour moi me reliait à la nature qui est si importante dans ma vie. Mais avec un nouveau point de vue.

Bev me parlait de son bonheur de nager chaque jour en été dans le lac, comme un rituel de bonheur. Je comprenais avec ma tête, oui. Mais même si moi aussi je me baignais avec plaisir, il n’y avait pas d’état d’esprit particulier. C’était agréable, mais rien ne valait la mer. Donc, comparaison oblige, c’était différent.

La vie étant pleine de surprises, nous avons il y a trois ans (quatre étés), nous aussi, succombé à la magie de la vie de chalet. Alors pendant deux étés, j’ai eu la chance d’aller nager, une à deux fois par jour pendant les week-ends et quand j’avais la chance d’aller travailler du chalet. Et j’ai été conquise. Vraiment. Chaque fois que je nage, sans exception, quand je rentre dans l’eau douce du lac, je pense à la chance inouïe que j’ai de pouvoir nager dans l’eau apaisante de ce lac du Québec. Et je pense à Bev quand elle partageait son plaisir de la baignade dans l’eau douce.

Ce que m’ont appris les lacs du Québec, c’est que l’on peut venir du Sud et apprécier passionnément la puissance maritime, les marées, les embruns, l’odeur saline des algues… et aimer également la douceur des lacs. La séduction de la mer peut être ostentatoire, le lac est tout en simplicité. On peut aimer la mer ET les lacs. Ce sont deux énergies différentes. Je pensais ne rien aimer plus que la morsure du sel quand on sèche au soleil après une baignade prolongée en mer. Finalement, la simplicité de l’eau des lacs me permet moins de passion et plus de douceur, une sorte d’apaisement. Je suis touchée par le calme de ces grands espaces si loin de la proximité grouillante de l’Europe. Moins d’amplitude mais tout autant de puissance. La force tranquille d’une certaine façon.

Travailler au Québec, c’est aussi aller dans ce sens. Moins de confrontation et plus de fluidité, de simplicité. Un des ateliers en Interculturel que j’offre spécifiquement au public de français est la Gestion du non-conflit au Québec. Avec une culture plus orientée sur des rapports de confrontation, les français ont parfois du mal à gérer le consensus au travail, comme dans la vie sociale. Des incompréhensions peuvent émerger de conflits qui n’auraient pourtant pas lieu d’être. Le changement de paradigme est vital pour accéder à une réelle rencontre.

Il m’aura fallu des années au Québec et de bucoliques étés de vie de chalet pour comprendre profondément pourquoi mon amie Bev aimait tant nager dans le lac d’eau douce. Maintenant je peux dire que si j’aime toujours la mer, j’ai succombé à la douceur des lacs et à la fluidité dans le travail au Québec.

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